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« Nous devons tellement à cette rivière ! Laissez la libre ! »
« J'aimais tant, petite fille, lorsque le soleil brillait, prendre, pour rentrer à la maison après l'école, « le chemin des tailles ». C'était interdit par Maman, jugé trop dangereux pour les petites filles imprudentes et étourdies que nous étions mes sours et moi. Mais aussi tellement enivrant de braver l'interdit. Sur ce chemin taillé dans la falaise de schiste qui plongeait ses pieds dans la rivière brune ou verte selon le temps, il y avait comme un soupçon de mystère. Le soleil blanchissait les plaquettes grises beiges du schiste qui se détachaient par petits morceaux comme de la pâte feuilletée, et coulaient doucement contre la paroi pour venir s'entasser le long du chemin. Nous escaladions, pas très haut, mais suffisamment pour nous donner quelques sensations sur ce mur glissant. Ensuite nous nous laissions couler doucement, entraînant avec nous les petits morceaux d'ardoises qui se détachaient sous nos pieds.
J'aurai aimé percer le mystère de ces usines en briques rouges foncés, construites sur l'autre berge, dont les toits en dents de scie me laissaient perplexe. J'aimais voir l'eau qui s'échappait en un long trait blanc vertical de ces grands murs aveugles par un tout petit tuyaux, et qui rattrapait la Vesdre avec un petit bouillonnement qui semblait un peu perturber la rivière dont les fonds schisteux et irréguliers la faisait courir comme par petits bonds.
Parfois, lorsque de fortes pluies l'avait gonflée, elle s'emballait, pleine de superbe et de fougue et, en ronflant, filait vers son énigmatique destin.
Le long des berges, poussaient, l'été, des fleurs mystérieuses dont les graines étaient arrivées, disait-on, des pays lointains comme les Indes et la Turquie, avec les ballots de laines. La laine était lavée dans l'eau de la Vesdre réputée pour sa qualité, pour ensuite être filée et tissée. Les milliers de petites graines emprisonnées dans la laine étaient alors libérées par l'eau. Elles s'éparpillaient le long des berges accueillantes et fleurissaient. L'été, lorsque le soleil chauffait les fleurs, des parfums inconnus m'entraînaient dans des rêves magiques de soies, de soleil, d'éléphants et de feu de Bengale.
Lorsque enfin nous rejoignions le « pont d'al cûte », nous rafraîchissions nos lèvres brûlantes et desséchées d'excitations, de joies et de rires à la fontaine surmontée d'un Christ, et dont l'eau surgissait limpide du rocher, et, dans mon cour je liais l'eau au bonheur de vivre !
Nous devons tellement à cette rivière ! Laissez la libre ! »
Ce que je souhaite surtout c'est que les Verviétois prennent en mains leur avenir. Qu'ils n'attendent pas que « l'on » s'occupe d'eux. Les charlatans vivent de naïfs qu'ils dupent.
Je crois que ce doit être le cas qui se présente ici. Les créations d'emplois promises pour les commerçants se résumeront en emplois subalternes comme quelques postes de caissières ou de vendeuses, voire de femmes de ménage. Je ne pense pas que ce type d'emplois, lorsque l'on est contraint de s'en contenter, soit valorisant et solutionne l'avenir d'une cité.
Je crois que les Verviétois doivent être courageux et imaginatifs.
Courage et bon combat!
Adèle Schrouben.
Adèle Schrouben est peintre-sculpteur, Verviétoise d'origine et vit en Normandie.
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