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Il y a un peu plus de 30 ans, avec des membres d'Inter-Environnement, nous prenons le train à Bruxelles pour Verviers. Nous voulons manifester notre opposition à un projet d'autoroute urbaine qui doit unir Verviers à Prüm avec une bretelle passant au centre de Verviers (jusqu'au-delà des usines Simonis). Il ne faut pas beaucoup d'expropriations pour construire cette bretelle : elle couvre la Vesdre, sur pilotis. Le ministre Jos De Saeger, le « père des autoroutes » est au pouvoir : il promeut les autoroutes urbaines. Nous le combattons à Bruxelles parce qu'il veut « hacher » la ville avec des autoroutes.
Bruxelles, Verviers, même combat ! Et nous voilà, place Verte. . La rue du Marteau est encore debout, des deux côtés.
Ce n'est pas notre manifestation qui va empêcher l'autoroute couvrant la Vesdre. Un responsable du mouvement ouvrier sera convaincu qu'il s'agit d'une erreur manifeste : Jacques Wynants. L'erreur consiste à tracer et construire des voies de circulation sans avoir au préalable défini démocratiquement un projet de ville. Les ingénieurs des routes n'ont pas la compétence nécessaire. C'est l'affaire des habitants et de leurs représentations politiques. Des deux, et non des seuls représentants. Jacques Wynants réussira à convaincre les autorités communales (qui avaient déjà dit oui à l'administration des routes !). Il jouera un rôle important au sein de la Commission Régionale de l'Aménagement du Territoire.
Mais cela n'empêcha pas la destruction du côté Vesdre de la rue du Marteau, et d'immeubles sur la rue en face. . Des parkings : c'est mieux, n'est-ce pas, que les putains de la rue du Marteau, rue que mes parents ne voulaient pas que je fréquente. . J'y passais la tête basse !
Mais un parking est aussi un terrain disponible, ouvert à la spéculation et aux projets. Comme les Autorités communales sont ce qu'elles sont, passives, c'est à celui qui tirera le premier. Et c'est un promoteur de galerie commerçante ; il voit grand, fort grand. C'est flatteur pour une ville d'accueillir un tel projet appelé à drainer des chalands de Hollande, d'Allemagne, du Luxembourg (et de Dolhain). C'est faire la nique à Liège (Belle Île). .
Couvrir la Vesdre est une bonne œuvre : on n'est quand même pas capable d'en valoriser les berges, de la dépolluer, de traiter les façades des maisons qui la bordent. . Alors le bon sens, comme le désir de progrès, demande des sacrifices. « On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs ».
Et puis, on a des exemples : la nouvelle galerie de Louvain-la-Neuve. Je conseille au Verviétois d'y aller jeter un coup d'œil. On aimera si on n'aime pas la ville, si on n'aime pas la ville historique, si l'on accepte que la consommation l'emporte sur la culture. . On veut que sa maison soit dans la nature, ce qui est souvent un lotissement, enfin passons. Et on accepte, on recherche en même temps, de fréquenter des lieux totalement artificiels, comme une galerie commerçante. Ces lieux, entre autres, consomment une énergie folle. qui ne sera bientôt plus disponible ! Allez comprendre.
Tout cela, ce projet de galerie, me paraît tristement vieux, comme déjà mort. Je vois cette galerie vide, déserte, crevée et fermée. Quel héritage d'ici quelques temps. . Allez voir à Bruxelles la galerie de la Toison d'Or ! Ou juste à côté, l'Outlet mall, ou encore à Eupen l'ATC/Plaza.
La vie, c'est la ville. Un projet politique : assurer la pérennité de la ville car elle est notre héritage et notre avenir.
Un projet pour la ville de Verviers : la rénovation urbaine. À traduire : bourrer la ville d'habitants, construire des logements sur le parking (provisoire), rénover cette merveilleuse rue Spintay qui témoigne de l'architecture mosane.
Projet porté par une obsession : offrir la ville à l'habitant jusqu'à rendre envieux le passant. .
Une ville ne peut tuer la nature en elle. Elle doit en profiter, en faire jouir l'habitant. Il faudrait appliquer des sanctions pénales à ceux qui organisent la pénurie énergétique et la destruction de la nature. L'eau fait partie de la nature. Elle sera un bien rare.
Savez-vous que la Ville de Gand procède actuellement à la reconstruction d'un canal qui fut comblé pour permettre des emplacements de parking.
La Ville de Verviers ne peut se révéler plus « bièsse ». Elle se doit d'être différente, plus fière.
René Schoonbrodt
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