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En préambule, je veux souligner que je reconnais aux autorités communales verviétoises une volonté d'agir tout à fait louable, qui œuvre depuis plusieurs années afin que la collectivité dans son ensemble y trouve son compte. Gérer une ville n'est pas chose facile. Si mon ambition était de le faire, je solliciterais les suffrages de mes concitoyens. Ce n'est pas le cas.
Cependant, je suis un citoyen concerné par la vie de sa ville et à ce titre, j'ai droit à la parole, comme tout un chacun.
Concernant le projet de couverture de la Vesdre par le conglomérat hollandais Foruminvest, certains ne se gênent pas pour la prendre dans un langage très vert, dont l'accent de plus en plus guerrier ne me plaît guère.
Pour ma part, je suis contre le projet imaginé par cette société. Jamais personne ne pourra me convaincre que défigurer Verviers de la sorte est une bonne chose pour la ville.
Il est certes temps de se préoccuper de l'aménagement du centre-ville et dans ce cadre, il est bon que le débat public ait enfin lieu sur une proposition de rénovation. Mais en l'occurrence, je ne pense pas que le projet retenu rencontre les intérêts de tous les Verviétois. Ceux d'une minorité, peut-être.
J'ai parcouru le site internet de Nouveau Verviers vantant les avantages de ce projet commercial. C'est édifiant.
On y compare ce complexe immobilier à la Tour Eiffel, chef-d'oeuvre architectural total s'il en est, rien de moins. Pour le coup, c'est faire preuve d'inconséquence esthétique et de malhonnêteté intellectuelle.
La Tour Eiffel fut construite en dehors du cœur historique du Paris du XIXème siècle, au bout du Champ-de-Mars, et non à proximité de Notre-Dame. L'Atomium fut bâti sur le plateau du Heysel et non près de la Grand-Place de Bruxelles.
De plus, la Tour Eiffel, comme l'Atomium, a une caractéristique fondamentale : elle ne sert à RIEN. C'est en cela qu'elle prend tout son sens : celui d'une oeuvre d'art dédiée au génie de l'humanité.
En revanche, ces deux facteurs ne caractérisent absolument pas le bâtiment à destination commerciale que Forum Invest veut imposer à tous au centre-ville. Cet espace, le cœur même de la cité, est un lieu de vie qui appartient à tous les Verviétois, quelles que soient leurs opinions politiques.
Il n'est pas constructif, ni juste, de stigmatiser les habitants de cette ville qui sont contre ce projet pharaonique.
Ils ne sont pas plus rétrogrades que ses partisans, ni moins enclins que ceux-ci à souligner la nécessité de redynamiser l'économie de la ville.
Ce n'est malheureusement pas en important de monstrueux capitaux privés et étrangers qu'on compensera l'imagination qui devrait prévaloir dans l'étude des solutions à apporter pour résoudre les difficultés actuelles.
Si le projet dont le site internet Nouveau Verviers se fait le porte-voix était si bien pensé, il ne susciterait pas autant de réactions de rejet, sauf à soutenir que la majorité des Verviétois est incapable de penser plus loin que le bout de son nez et souhaite la mort économique de la ville.
Ne serait-il pas plus constructif d'unir ces mêmes Verviétois autour d'un projet fédérateur à dimension humaine et qui respecte à la fois leur cadre de vie et leur aspiration à vivre dans une ville économiquement active ?
À l'heure où, précisément, l'économie nationale et mondiale influe de manière insupportable sur la vie de chacun, n'est-il pas choquant qu'on lui sacrifie l'âme même d'une ville qui a déjà tant donné sur l'autel de la rentabilité ?
J'ai entendu un partisan du projet se moquer ouvertement de ceux qui refusent de laisser couvrir 200 m de rivière, sur le total des 8.000 m qui coulent à Verviers.
C'est un argument fallacieux : à taille égale, une plaie à la jambe a bien moins de conséquences qu'une plaie au cœur.
Pourquoi ne pas imaginer une structure originale permettant à la Vesdre d'être encore accessible, voire mise en évidence, tout en faisant partie intégrante d'un centre commercial ? Ce devrait être moins difficile à concevoir, à financer et à construire que la Tour Eiffel.
Selon moi, cette idée devient par contre bien mauvaise si elle se concrétise au coeur même de la ville qui se targue d'être la capitale wallonne de l'eau.
Seulement, voilà, quand on dit cela, on se fait allumer par les partisans du projet qui rétorqueraient presque : « les opposants au projet mettent un frein à l'immobilisme ! »
Entendons par-là que le dynamisme économique et l'élan moderniste sont naturellement dans le camp des audacieux, des entrepreneurs, de ceux qui savent ce qui est bon pour la ville !
Tous ceux qui contestent ce projet sont des éteignoirs, peut-on lire ici ou là.
Hè bien non.
Je respecte totalement la volonté du collège échevinal de vouloir s'attaquer à la réhabilitation du centre-ville. De nombreuses actions positives sont à mettre à son crédit.
Pourquoi changer de cap et laisser de côté ce qui a toujours caractérisé l'action de la gauche : garder le facteur humain au centre du débat économique et social, et développer une vision respectueuse de l'environnement des moins favorisés.
Moi, je souhaite un vrai débat constructif, une approche citoyenne du problème, qui permette à tous les habitants de cette ville d'être entendus, et non mis au pied du mur.
Je fais le voeu que, tous ensemble, nous soyons capables de nous rassembler pour donner un avenir à Verviers, loin des querelles politiques et partisanes actuelles, et qu'un peu de grandeur anime la démarche de chacun.
C'est le prix à payer pour donner à notre ville un cachet et une économie qui seront la vitrine du génie de ses habitants, même si celle-ci reste dans l'ombre de la Tour Eiffel.
Philippe Jarbinet
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